Téléchargez le document au format pdf ici
Traduction automatique : 10 questions et réponses (en guise de guide pour traducteurs professionnels)

La traduction automatique (TA, ou MT, de « machine translation »), c.-à-d. la traduction entièrement automatisée grâce à l’informatique, perçue par certains comme la solution permettant d’obtenir des traductions plus ou moins satisfaisantes rapidement et pas cher, a gagné un terrain considérable ces derniers temps. La FIT, en tant que voix des traducteurs, interprètes et terminologues autour du monde, voudrait en conséquence apporter quelques informations sur ce sujet et attirer l’attention sur diverses conséquences pour les usagers de même que pour les traducteurs professionnels et leurs associations.

Dans le passé, la TA a fait appel à une approche dite à base de règles, c.-à-d. un ensemble de règles pour la combinaison de langues traitées par le moteur de TA. Cette TA à base de règles (RbMT) s’est heurtée à certaines limites pour se trouver largement supplantée par une approche statistique (SMT) basée sur des probabilités et dépendante de grands recueils de sources textes et de leur traduction humaine. Ceci a été rendu possible grâce à une plus grande puissance de traitement par les ordinateurs actuellement disponibles. Certains cas font appel à des systèmes hybrides incorporant à la fois la RbMT et la SMT, ou d’autres modèles. D'autre part, il faut faire une distinction entre d’un côté des systèmes en ligne de TA gratuite, lesquels, en fonction des couples de langues, produisent souvent des textes d’une qualité plutôt médiocre si ce n’est incompréhensible en n’offrant pratiquement aucune confidentialité, et d’autre part des systèmes personnalisés qui sont formés, maintenus et utilisés par des professionnels, et qui peuvent prendre en charge des textes extrêmement confidentiels.

Les textes ou autres contenus soumis à la TA peuvent demander à être pré-édités, c.-à-d. soumis à une modification manuelle dans le but de retirer par exemple des structures complexes ou ambiguës. Sauf indication contraire, le résultat brut de TA nécessite à son tour une postédition, c.-à-d. une correction humaine des erreurs ou une intervention humaine sous une forme ou une autre.

Utilisateurs et leurs attentes

Il existe divers types d’utilisateurs de TA, entre autres :

  • des organisations souhaitant accélérer des flux de travail ou traiter de gros volumes de contenu ;
  • des membres du grand public employant des systèmes gratuits en ligne, la plupart du temps sans être conscients de leurs faiblesses ;
  • des traducteurs professionnels faisant appel à la TA dans le cadre de leur propre ensemble de ressources afin de renforcer leur productivité.

Il est généralement admis qu’il existe de par le monde une demande fortement croissante de traductions. Une TA brute peut tout à fait servir pour répondre à une partie de cette demande, notamment la traduction de contenu hautement répétitif ou de contenu qui sinon ne serait pas traduit en raison de facteurs de coûts lorsque des niveaux élevés de précision et de fluidité ne sont pas nécessaires.

Avant de commencer un projet de traduction, il est impératif d’en préciser à l’avance les exigences. Cela pourra être : de quel genre de produit le client a-t-il besoin (langue cible, public et but) ? Quelles sont ses attentes au point de vue de la terminologie employée ? Des délais à respecter ? De la précision, de la fluidité, du style, etc. ? C’est uniquement en fonction de telles spécifications du projet que l’on pourra décider s’il convient d’avoir recours à une TA ou une traduction humaine.

Mise en garde à l’attention des utilisateurs de TA

Certains problèmes se rapportant à la TA doivent rester présents à l’esprit.

Dans la vaste majorité des cas, les moteurs de TA ne peuvent pas se mesurer à des traducteurs humains en matière de qualité produite parce qu’il leur manque entre autres la créativité et le bon sens pour décider si un extrait d’une traduction antérieure peut correspondre au contexte en question. Les résultats d’une TA par conséquent demandent une postédition substantielle ou une sérieuse reprise du travail afin de répondre à des exigences définies à l’avance, sauf si le peu ou d’absence de postédition correspond à une adéquation par rapport au but attendu. De tels produits doivent être clairement définis en ce sens.

Par ailleurs, l’incorporation des résultats de la TA ne doit pas dégrader les recueils de textes utilisés.

Conséquences pour les traducteurs professionnels

Comme pour de nombreux autres secteurs, le marché de la traduction est en train de changer rapidement. Les traducteurs devraient s’efforcer de réagir en temps opportun face aux nouvelles évolutions et voir comment ils peuvent en tirer profit pour eux-mêmes.

Il est improbable que la TA remplace complètement les traducteurs humains dans un avenir prévisible. La quantité de travail leur restant ouverte est considérable, indépendamment des domaines où la TA est une option possible. Les traducteurs professionnels, qui ont les compétences et qualifications appropriées resteront nécessaires pour des produits exigeants, de haute qualité, comme les textes médicaux,  légaux, commerciaux ou confidentiels pour n’en citer que quelques-uns. Il va sans dire que la production de traductions répondant à de telles exigences demande du temps et qu’elle doit être rémunérée en conséquence.

Il est essentiel que les traducteurs professionnels informent de façon raisonnée leurs clients existants ou potentiels sur la TA et ses utilisations possibles. En particulier, ils doivent leur indiquer les contextes où les résultats bruts de TA sont acceptables (cas du raffinage ou

« gisting », c.-à-d. un aperçu « vite fait » d’un texte sous forme rudimentaire sans perdre de vue l’éventualité d’un pourcentage plutôt élevé d’erreurs). Ils doivent tout autant les prévenir si l’utilisation de la TA doit avoir des conséquences fortement négatives (ainsi, des entreprises qui accompagnent leurs produits de textes non édités de TA nuisent sérieusement à leur image de marque et peuvent être amenées à affronter d’éventuelles répercussions sur leur responsabilité associée aux produits).

La postédition de résultats de TA est l’un des domaines d’activités des traducteurs. Il est manifeste que l’effort de postédition nécessaire pour aboutir à une traduction de qualité satisfaisante ne doit pas être excessif en matière de temps et de coût.

Le rôle des associations de traducteurs

Dans un tel contexte, les associations de traducteurs ont le devoir de fournir des informations à toutes les parties concernées, ne serait-ce que pour les usagers une prise de conscience complète des utilisations adéquates ou non appropriées de la TA, et pour les traducteurs professionnels une possibilité de se positionner en fonction de l’évolution du marché de la traduction. Il leur faut de plus trouver des partenaires stratégiques afin de contrecarrer une évolution dans laquelle de plus en plus de textes mal traduits dérivent vers une dévalorisation des langues.

Les associations de traducteurs doivent veiller à ce que les droits d’auteur de ceux-ci soient protégés en ce qui concerne les traductions humaines renfermées dans les recueils de textes servant à la TA. De plus, pour que les traducteurs puissent bénéficier d’une plus grande visibilité dans toutes les catégories de textes, ces associations devraient entamer une campagne visant à consolider dans les législations nationales les droits d’auteur des traducteurs, de façon comparable à ce qui se passe pour les créateurs d’images ou les photographes : ceux-ci ont réussi à obtenir que leurs noms restent attachés à leurs productions dans divers types de médias.

Enfin, les associations de traducteurs doivent s’exprimer contre la banalisation de la traduction et renforcer la sensibilisation sur le rôle véritablement créatif des traducteurs.